L’assassinat des livres – par ceux qui oeuvrent à la dématérialisation du monde

Le livre de papier n’a plus d’avenir, et ceux qui refusent de passer à la tablette sont des dinosaures réactionnaires qui ne savent pas reconnaître que le passage au numérique est comparable à l’invention de l’imprimerie en son temps, une évolution nécessaire et bénéfique. Il faut se mettre à la page, et en tout cas la tourner. Peut-être. En tout cas, c’est un cliché qui parcourt toutes les strates de la société, les médias, les réseaux sociaux et les programmes des agences régionales du livre.

Dans l’assassinat des livres – par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde, Cédric Biagini, qui anime les éditions L’échappée, réunit de nombreux textes qui creusent en profondeur la question du livre numérique. Bibliothécaires, éditeurs, libraires, et d’autres livrent leurs réflexions sur le sujet. Les contributions sont inégales, mais l’ensemble est tout à fait passionnant, et pertinent. Il y est dit comment, en mettant en péril la profession de libraire et celle d’éditeur, le livre numérique (et derrière lui de grands groupes comme Amazon, Google ou Apple) s’attaque à la diversité culturelle au profit de la mise en valeur de ce qui se vend, et uniquement de cela. Au fil des contributions, il devient également évident qu’il s’agit aussi, dans la lecture numérique, d’une mutation des esprits, d’une transformation de la construction de la pensée et de la mémoire. Pour élaborer une pensée profonde, il faut du calme, du temps, se déconnecter des bruits de fonds pour se rendre capable d’écouter le monde. Et cela, il n’est pas du tout sûr que la lecture sur écran l’encourage, dans la mesure où elle induit des possibilités constantes d’interaction.

Quant à l’argument écologique, (les livres traditionnels utilisent du papier, c’est la mort des forêts), il est également abordé dans cette petite somme : l’obsolescence rapide des machines utilisées par le livre numérique, et les matériaux avec lesquels elles sont fabriquées (notamment l’utilisation de métaux rares et précieux, extraites dans des conditions déplorables) réduisent à néant l’avantage qui consisterait à ne plus dépendre du papier. Et pour les conditions de travail des ouvriers qui fabriquent nos téléphones et ordinateurs, en Chine, je vous invite à lire l’excellent ouvrage de Yang, Jenny Chan et Xu Lizhi traduit et préfacé par Célia Izoard et paru aux éditions Agone, La machine est ton seigneur et ton maître.

Un livre à lire, pour penser cette évolution numérique, réfléchir à ses propres pratiques sur écran, et prendre parti.

Elise

Illustration de l’article – A little girl reading, 1900, Johan Gudmundsen-Holmgreen

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