La vie obstinée de Wallace Stegner

Un couple de retraités est venu s’installer dans un coin isolé de la Californie pour écouler paisiblement ses dernières années. Joe et Ruth ne s’intéressent plus qu’à la nature (jardinage, bricolage et longues promenades) mais leur voisinage ­immédiat et l’arrivée de nouveaux habitants vont les empêcher de tourner le dos à la “comédie de la vie” qui se déroule autour d’eux. Ces bouleversements dans leur tranquilité, surtout dans celle de Joe, le plus renfrogné, leur apportent de grandes joies mais ravivent aussi de terribles douleurs. Le récit commence après les événements dramatiques qui les ont secoués et sont rapportés par Joe, avec une plume subtile et mélancolique.

Wallace Stegner est un auteur américain qui, bien que reconnu par ses successeurs, semble avoir perdu l’attention du grand public français. Comme chez d’autres auteurs d’histoires qu’on ne lâche pas, comme dans les grands romans victoriens par exemple, son style d’écriture semble fait exprès pour se faire oublier, et la musique du texte s’efface pour favoriser l’immersion parmi des personnages et une ambiance. Ici, les années 70 aux États-unis.

L’un des atouts de Stegner est de savoir parler de façon précise des fleurs, du climat, ce côté nature writing dont on dit qu’il est l’un des fondateurs. Un autre est l’économie de termes employés pour mener les personnages ici et là dans des soirées, des balades, pour rendre compte d’une discussion à l’heure de l’apéritif ou de la tension d’une conversation. Les auteurs américains ont souvent cette qualité : le roman est loin d’être creux, il est même très dense et “naturaliste” en quelque sorte, et pourtant il s’avale comme une série télévisée.

Le thème principal du livre – peut-on se protéger de la marche du monde ? – est traité de façon quasi illustrative à la manière d’une expérience et les enseignements impliqués par l’auteur sont plus riches qu’il ne paraissent à première vue.

On peut retrouver les mêmes personnages , Ruth et Joe, dans Vue cavalière du même auteur. La plupart des romans de Wallacer Stegner traduits en français sont disponibles aux éditions Phébus.

Illustration de l’article, peinture de William Wendt.

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