Cahier de poèmes 10#

Ta prononciation merveilleuse
Est le sifflement torride d’oiseaux de proie.
Oserai-je dire : l’impression vivante
De soyeux éclairs de chaleur.

« Chut » – la tête s’appesantit.
« Psitt » – c’est ma voix qui t’appelle !
Et la distance en est bruissante :
Moi aussi je vis sur la terre.

On a beau dire : l’amour a des ailes,
La mort a bien plus d’envolée ;
La lutte encore étreint notre âme
Et nos lèvres volent vers elle.

Ce qu’il y a d’air et de soie
Et de vent dans ton chuchotis.
Comme des aveugles dans la longue nuit
Nous buvons le mélange sans soleil.
Ossip Mandelstam, 1917, dans Tristia et autres poèmes, traduit du russe par François Kérel, nrf Poésie/Gallimard p. 71

Illustration de l’article, Marc Chagall, la promenade, 1917

 

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