Le bruit de la neige qui tombe – Interview avec l’illustratrice Maggie Umber

C’est en me baladant distraitement sur Tumblr que je suis tombé sur les dessins de « The Sound of Snow Falling » de Maggie Umber. Mes yeux ont été instantanément attirés par les couleurs très douces des dessins, par les tons utilisés, par les attitudes animales qu’ils figurent. Alors que tout va généralement trop vite lorsque l’on regarde des œuvres graphiques sur internet, l’illustratrice Maggie Umber imposait d’emblée un rythme : celui de la contemplation.

 

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« Le bruit de la neige qui tombe », c’est celui perçu par une femelle Grand-Duc (une des différentes espèces de hibous, qui habitent aussi bien en Amérique qu’en Europe) et par les différents animaux d’une forêt. C’est un ouvrage sans parole, d’une grande beauté, qui propose une immersion perceptive.

 

Aujourd’hui, le livre sort aux Etats-Unis, chez 2dcloud. Entretien avec l’auteur.

 

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Bonjour Maggie, avant de parler de ton projet autour de « The Sound of Snow Falling », peux-tu nous en dire un peu plus sur ton métier, et tes différentes casquettes, du dessin à l’édition?

 

Alors, je suis dessinatrice de bande dessinée, illustratrice et peintre. Je me suis plongée dans beaucoup de pratiques artistiques différentes : impression en taille-douce, reconstruction faciale, fabrication de vêtements, de jouets mais aussi la programmation et le design de jeux vidéos. J’ai aussi fait des ouvrages pour enfants, du portrait… Mais ce que j’aime le plus, c’est faire des livres.

 

Je travaille au sein de 2dcloud, qui est une petite maison d’édition, consacrée aux travaux expérimentaux. Elle encourage des relations d’égal à égal entre artistes ayant des domaines artistiques variés. Je fais partie des co-fondateurs de cette maison.
Depuis sa création il y a dix ans, j’étais éditrice associée. Récemment, j’ai pris un peu de recul, histoire de dédier un peu plus de temps à ma carrière artistique. Je suis vraiment très enjouée à l’idée de faire des livres pour 2dcloud, de le faire avec toute mon énergie, et de réaliser d’autres travaux indépendants par ailleurs.

 

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Ton livre, « The Sound of Snow Falling » est expérimental… au sens où tu essaies quelque chose à partir d’une connaissance incertaine. Le titre même de l’ouvrage ressemble à une de ces devinettes zens : « Qu’est-ce que tu appelles le monde ? » « Quel bruit fait une main qui applaudit toute seule ? » « Quel est le son de la neige qui tombe ? » Mais, là où ces devinettes zens ont été inventées par les bouddhistes pour mettre l’esprit en face de sa propre impuissance, la question que tu poses est plutôt une exhortation à la concentration : s’intéresser à la plus ténue des sensations. Et voir le monde entier par les yeux d’un Grand-Duc. D’où t’est venue l’idée initiale ?

 

En 1998, je devais écrire un exposé de biologie. Dedans, il fallait que je raconte à quoi ça ressemblait d’être un Grand-Duc d’Amérique, femelle. Puis, dix ans après, j’ai fait un court comic pour l’anthologie « Good Minnesota », numéro 3, sur le même thème.
En 2010, j’en ai tiré une histoire sans parole. Raighne, mon éditeur à 2dcloud, m’a suggéré le titre « The Sound of Snow Falling ». Le tempo lent et le regard porté sur de petits détails s’est développé durant 4 ans, à mesure que je rajoutais des éléments et que je ralentissait la narration.
Au départ, ça devait être une histoire plus engagée, avec les bébés chouettes qui grandissent et qui se font éjecter de leur territoire par leurs parents à l’arrivée de l’automne. J’ai même dessiné quelques pages qui se passent à la fin du printemps. Mais j’ai décidé que le livre serait à propos de l’hiver, et j’ai supprimé tout le reste.

 

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Les différentes choses qui arrivent à un être humain peuvent facilement rentrer dans le cadre d’une narration. Que ça soit le type qui glisse sur une peau de banane ou bien la Guerre de Troie. C’est pareil pour les animaux humanisés dans les fables, les contes et les cartoons. Mais pour les « vrais animaux » ?
Comment as-tu construit cette « histoire animale » ? Etait-ce une manière simple ou bien complexe de construire une histoire basée bien plus sur les sensations et les perceptions que sur une trame narrative qui va d’un point à un autre ?

 

J’ai passé plein d’années à lire des livres sur les hiboux et à regarder des vidéos de caméras installées près des nids, sur internet. C’était devenu facile de raconter la vie quotidienne d’un Grand-Duc parce que je savais comment ils vivaient. Pour moi, la narration est importante et donne du poids au livre. Par exemple, j’ai cherché à montrer le temps qui passe, les saisons, la lumière. Le tout de la manière la plus adéquate, pour ancrer les personnages et le déroulement de l’histoire.

 

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Parlons un petit peu des couleurs… Elles sont très travaillées, et, en écho avec le titre, elles donnent immédiatement l’impression d’être dans la neige, avec des sons étouffés. Chaque séquence utilise un nombre restreint de couleurs, très à même de suggérer chacun des animaux par sa silhouette ou par son ombre. Comment as-tu travaillé les couleurs ? Est-ce que tu as cherché à figurer la vision animale ?

 

Je voulais employer une palette presque strictement monochromatique pour montrer comment on voit les choses sous une lumière très atténuée, puisque les Grands-Ducs sortent au crépuscule. C’est aussi parce que les couleurs sont très restreintes en hiver. Les bleus sont très présents à la tombée de la nuit et dans un paysage enneigé. Cependant, je n’ai pas cherché à peindre les illustrations de ce livre comme une stricte interprétation biologique de la vision d’un hibou.

 

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As-tu d’autres projets ? Je vois que tu as travaillé, par exemple, sur des portraits de personnalité noires américaines.

 

Oui, les portraits pour le Black History Month font partie d’une série en cours, au pinceau et à l’aquarelle. Je travaille également sur une collection de petits comics d’horreur, intitulée « The Man in the Blue Suit », qui fera la taille d’un livre à la fin. Il y a quelques semaines, j’ai également réalisé un comic de 10 pages à l’aquarelle au sein d’une compilation de BD sur le changement climatique. C’est Madeleine Witt et Andrew Chite qui publient ça.
A l’automne dernier, j’ai fait 24 pages pour le « Shirley Washington Project », édité par Rob Kirby et publié par Ninth Art Press. Pour la fête de lancement du livre, à la librairie Boneshaker Books, j’ai réalisé un petit film, mais ça n’a été diffusé qu’à cette occasion.
Pour l’édition du printemps de Drunken Boat Magazine, j’ai aussi préparé quelque chose, à la demande de Nick Potter, et je suis impatiente que les lecteurs puissent voir ça !

 

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Est-ce que c’est différent de travailler sur des portraits ou sur des animaux ?

 

Les animaux, les gens, c’est pareil. C’est le fait de travailler avec différents outils et différents styles qui change les choses. J’essaie de faire correspondre mon humeur avec celle de l’œuvre. L’état dans lequel je me sens doit être au service du travail, pour que je puisse raconter une bonne histoire ou réaliser un bon travail artistique.

 

Vous pouvez commander l’ouvrage de Maggie Umber sur le site internet de 2dCloud (http://2dcloud.com/sound-of-snow-falling)

 

Le site internet de Maggie Umber : www.maggieumber.com
Toutes les images illustrant cet article sont la propriété de Maggie Umber et 2dCloud !
Entretien réalisé par Denys. Merci à Maggie !

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