En mémoire de Marie-Claire Bancquart

Après tout, la discrétion dont ont fait preuve les pages littéraires des gazettes, lors de la disparition, le 19 février, de Marie-Claire Bancquart, ne lui aurait peut-être pas déplu…

Ainsi, poète, à petit bruit,
tu rejoins ton frère :
le silence.

… écrivait-elle à la fin du dernier poème de son dernier recueil, Figures de la terre, paru en 2017.

Cependant, à côté de ce silence, il faut signaler que l’excellent site Poezibao a proposé, dès le 21 février, un dossier en pdf reprenant l’ensemble des pages – biographie, bibliographie, entretiens, poèmes et notes de lecture – qui y ont été consacrées à Marie-Claire Bancquart depuis 2004. Cela donne un document de 75 feuillets…

À cela, que pourrais-je ajouter ? Rien sinon le regret que je garde d’avoir importuné cette grande dame de la poésie un samedi ou un dimanche de 2016 en lui demandant une dédicace sur l’exemplaire de Qui vient de loin paru cette année-là au Castor Astral que je venais d’acquérir Place Saint-Sulpice, où chaque année la poésie fait son marché. Malgré sa grande fatigue, elle, qui revenait de loin, m’offrit ces mots :

« Nous avons appris à louer hautement ce qui est très fragile. »

Ce sont les derniers mots d’un poème en prose – elle en fit peu – figurant dans ce recueil.

On sonnerait à l’interphone. À la question : « Qui est là ? », on répondrait « Je suis un vieux dieu fatigué. » Nous ouvririons l’accès à notre étage.
Il quitte l’ascenseur, avec la mine des gens qui sortent de la clinique voisine, pas guéris, mais prolongés, se résignant à la patience.
Même, il sourit un peu, il prend une chaise. Il soupire, il nous dit je viens de si loin n’est-ce pas, loin dans le temps, loin dans l’espace. J’ai vécu sous des noms divers. On m’offrait le pain et le vin, en échange de l’espoir.
Un espoir contre une petite offrande : c’est bien juste. Et pourtant me voici réduit à mendier, sans même oser croire qu’on me reconnaisse.
… Nous lui offrons tout un plateau de nourriture, nous lui sourions, la chatte se caresse à lui.
– Nous te reconnaissons, vieux dieu. Mais tu n’es plus, sinon dans ce dictionnaire que nous ouvrons à ton nom. Maintenant les dieux sont défunts. Nous ne pouvons t’offrir que du périssable comme toi : les fleurs sur le balcon, l’animal doux et tiède.
Du périssable, oui, comme ce monde, et nous-mêmes.
N’empêche : s’il était doux de croire en toi, du moins, peu à peu, nous avons appris à louer hautement ce qui est très fragile.

À l’époque, je connaissais très peu Marie-Claire Bancquart en tant que poète. J’avais lu ses trois livres sur Paris – Le Paris des surréalistes, Paris fin -de-siècle de Jules Vallès à Rémy de Gourmont et Paris dans la littérature française après 1945 –, qui sont les plus intelligents que l’on puisse lire sur ce sujet, mais je n’avais lu que deux de ses recueils, Violente vie et Mots de passe, tous deux parus au Castor Astral, que j’avais trouvés par hasard chez un bouquiniste.

Depuis j’ai comblé mes lacunes et je me réjouis que l’on dispose, depuis le 31 janvier de cette année, d’un volume de la collection Poésie/Gallimard intitulé Terre énergumène et autres poèmes et préfacé par Aude Préta-de Beaufort, regroupant trois titres : Dans le feuilletage de la terre de 1994, Verticale du secret de 2007 et Terre énergumène de 2009.

Pour terminer, je voudrais citer le très court dernier poème de Violente vie, que j’avais lu chez mon bouquiniste :

À la frontière de ce qui peut se dire
mais de l’autre côté de la frontière
un homme
écrivait sa musique.

Cet homme est sans aucun doute le compositeur Alain Bancquart, le compagnon de toute une vie, et la musique qu’il écrivait est peut-être celle-ci :

Alain Bancquart, Violente vie, 2012.
Concerto pour violoncelle et 24 flûtes
Pierre Strauch, violoncelle, et l’Orchestre de Flûtes Français.
Direction Joël Soichez.

Marie-Claire Bancquart, Violente vie, Le Castor Astral, 2012.

Marie-Claire Bancquart, Qui vient de loin, Le Castor Astral, 2016.

Marie-Claire Bancquart, Terre énergumène et autres poèmes, Poésie/Gallimard, 2019.

Article par Guy M.

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