Cahiers de poèmes #24

RENAUD LE TUEUR DE FEMMES

Renaud a de si grans appas
Qu’il a charmé la fille au Roi.
L’a bien emmenée à sept lieu’s,
Sans qu’il lui dit un mot ou deus.

Quand sont venus à mi-chemin :
– Mon Dieu ! Renaud, que j’ai grand faim !
– Mangez, la belle, votre main ;
Car plus ne mangerez de pain.

Quand sont venus au bord du bois :
– Mon Dieu ! Renaud, que j’ai grand soif !
– Buvez, la belle, votre sang ;
Car plus ne boirez de vin blanc.

Il y a là-bas un vivier
Où treize dames sont noyées.
Treize dames y sont noyées,
La quatorzième vous serez.

Quand sont venus près du vivier,
Lui dit de se déshabiller.
— N’est pas affaire aux chevaliers
De voir dame déshabiller.

– Mets ton épée dessous tes piés
Et ton manteau devant ton nez.
Mit son épée dessous ses piés
Et son manteau devant son nez.

La belle l’a pris, l’a embrassé.
Dans le vivier elle l’a jeté :
– Venez, anguilles, venez poissons !
Manger la chair de ce larron !

Renaud voulut se rattraper
A une branche de laurier.
La belle tire son épée.
Coupe la branche de laurier.

– Belle, prêtez-moi votre main.
Je vous épouserai demain.
– Va-t’en, Renaud, va-t’en au fond
Épouser les dames qui y sont !

— Belle, qui vous ramènera.
Si me laissez dans ce lieu-là ?
– Ce sera ton cheval grison,
Qui suit fort bien le postillon.

— Belle, que diront vos parens,
Quand vous verront sans votre amant ?
— Leur dirai que j’ai fait de toi
Ce que voulois faire de moi !

Anonyme, in Trésor de la poésie populaire. présenté par Claude Roy, Guilde du Livre de Lausanne.

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