The World After

Générique de début. Le « héros » est un trentenaire parisien confiné dans la maison d’une connaissance, à la campagne, durant la pandémie de Covid-19. Assailli de rêves troublants et largement incompréhensibles (Extraterrestres ? Conspiration mondiale ? Mondes parallèles?), il se réveille en sursaut et descend encore tout endormi les marches de l’escalier. Au porte-manteau pendouille un masque, on aperçoit un flacon de gel hydro-alcoolique, une mappemonde et le « fidèle sac à dos » du héros. A partir de cet instant, c’est à vous d’agir puisque… « The world after » est un jeu vidéo.

Notre personnage (j’ai oublié son prénom) partira assez vite enquêter sur un mystérieux message glissé sous la porte de sa résidence, non sans avoir fait le tour de celle-ci à l’aide du clic de votre souris. C’est d’ailleurs la seule manière que vous aurez de « jouer », ce qui est assez reposant. A noter qu’ici, toutes les images que vous verrez sont filmées et ce sont donc de vrai.es acteurs et actrices qui interagissent à l’écran. D’ailleurs, « The World After » est presque plus un jeu avec la vidéo qu’un jeu vidéo et cette façon de raconter l’histoire marche presque instantanément. Une petite action comme « boire du jus d’orange » lance par exemple une séquence de quelques secondes où l’on voit le personnage… boire du jus d’orange. Tout l’intérêt est de nous suspendre à cette simplicité qui paraît dérisoire pour créer une sorte de film plutôt bancal et tout compte fait très amusant.

Les raideurs et les impasses sont savoureuses. Il y en a plein. Car en fait, résoudre une enquête n’est-ce pas se cogner à toutes les fausses pistes avant de trouver la bonne ? La vidéo rend tout très bête et on s’imagine volontiers l’équipe de tournage en train d’enregistrer toutes ces séquences. Vous voulez vous déplacer le long d’un chemin ? Hé bien, vous verrez le personnage arpenter la campagne (même si ça fait dix fois que vous prenez cette piste car vous êtes paumé.e). Observer un sac plastique recyclable de supermarché trouvé dans une cave ? Le personnage le manipule en tout sens, circonspect. Vous approchez des vaches ? Elles reculent, mince. Engager la conversation ? Vous récolterez beaucoup de clichés. Et tout ceci fonctionne admirablement bien. Un vrai tour de force car généralement ces séquences sont sources de frustration dans un jeu vidéo. Mais, par l’hybridation déconcertante entre film et jeu, ce petit village désert pendant le confinement est l’ambiance parfaite pour deux petites heures d’explorations autour d’une intrigue de SF rurale. Et qui sait ce qui peut bien se passer au delà du kilomètre de déplacement autorisé !

Le scénario est volontairement grotesque, les acteur.ices (par ailleurs développeur.euses du jeu lui-même) sous-jouent les dialogues imposés par le genre et la trame elle-même est un clin d’œil permanent aux limitations d’un tel média. J’ai repensé aux longs moments passés, ado, à décrypter les énigmes d’un jeu d’enquête comme « Les Chevaliers de Baphomet », qui m’avait fasciné mais aussi beaucoup agacé (C’était long, répétitif et j’avais emprunté le jeu à la médiathèque donc je n’avais qu’un temps limité pour y jouer et je ne l’ai jamais fini…). Dans « The world after », l’ambition est plus mesurée car le temps et l’univers de jeu sont restreints. Et c’est tant mieux, car tout ce que nous voyons se dérouler est à la fois bricolé et soigné, comme une blague entre ami.es qui aurait pris le temps d’être affinée et rendue accessible. Notamment, le format (plutôt très court pour un jeu d’aventure) est très bien choisi pour rendre l’expérience plaisante et tout à fait abordable pour qui n’est pas familier.e avec les jeux vidéos : on peut jouer seul, à deux, et même lancer une nouvelle fois la partie pour la montrer à quelqu’un.e de quoi il s’agit.

Bien entendu, « The World After » a quelques défauts qui sont pour moi tout à fait pardonnables car pris dans la spontanéité de la démarche. Il faut le voir comme une ébauche très réussie à la fois du côté de la création de jeux et des manières de jouer. Après l’avoir fini, on se prend à rêver d’une multitude de courtes aventures sur le même principe et on attend impatiemment la prochaine réalisation de ce studio.

DM.

The World After, par le studio Burning Sunset.

Toutes images proviennent de captures d’écran du jeu.

Vous pouvez acheter le jeu sur la plate-forme Steam.

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