Réjouissons-nous ! – la fanfare Eyo’Nlé

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les fanfares. Attention, pas celles qui ne rigolent pas, pas celles qui suivent les majorettes, et dont les musiciens, rangés et déguisés comme des militaires, marchent à la baguette.

J’aime les fanfares pour leurs cuivres chauds, et parce que les musiciens de fanfares répandent toujours une grande joie. Ils ont et donnent la pêche.

Depuis, j’ai découvert que le terme de fanfare regroupait (en français) beaucoup d’ensembles et de styles différents : big band, jazz band, brass band, etc. (vous pouvez penser, respectivement, au swing des années 60, au duo chanteur-banjo avec quelques cuivres des années 30 et enfin le type New Orleans du début du XXe). Tant qu’il y a des cuivres (brass en anglais)…

Et puis les fanfares ont continué de croiser mon chemin. Celle de l’école d’Archi quand je faisais mes études à Paris par exemple, ou celles de la série Treme de David Simon et Eric Overmyer (connus pour la série The Wire) diffusée par HBO. Dans cette série, on découvre l’univers musical de « Nola » et plus particulièrement d’un de ses quartiers, Treme, qui donne son nom à la série, dans le difficile contexte de l' »après » Katrina. Et comme pour mieux illustrer cette guérison, voire cette renaissance (par la culture et la tradition musicale) après la tempête, les brass band réchauffent le cœur même pendant les scènes d’enterrements :

 

 

Cette ambiance de Brass band / New Orleans, on la trouve repensée par de nombreuses fanfares (et pas que) autour du monde, et particulièrement dans le monde occidental. Certains standards sont popularisés, parfois de façon savoureuse :

https://www.youtube.com/watch?v=7gohb6W_ubc

https://www.youtube.com/watch?v=9caLw3L4sf4

https://www.youtube.com/watch?v=aZcfxLtOKmY

https://www.youtube.com/watch?v=ZhOMB1rNc-w

Parfois, les « alliages » sont plus complexes. Je pense notamment au Bollywood Brass Band, une formation brass and drums anglaise qui absorbe complètement les musiques de films bollywood, les musiques traditionnelles des mariages indiens, et des hits du moment.

https://soundcloud.com/bollywoodbrassband/sets/homepage

Et puis récemment, j’ai découvert Eyo’Nlé Brass Band, une fanfare béninoise. Eyo’Nlé, ça veut dire « réjouissons-nous » en yoruba. Cette fanfare, qui existe depuis la fin des années 90, est une des rares fanfares d’Afrique de l’Ouest connues internationalement. Elle a un rôle fédérateur au Bénin : elle est à l’origine du premier festival des fanfares à Porto-Novo qui regroupe une quarantaine d’orchestres de la région et près de 6000 musiciens. Les musiciens d’Eyo’Nlé ont donc participé à plusieurs festivals en Afrique et en Europe. C’est à cette occasion qu’ils ont rencontré Les Ogres de Barback en 2005, qui ont édité leur deuxième album (Irfan, le label).

Dans cet album, Empreinte du père, les huit musiciens réussissent très bien le mélange entre percussions et musiques traditionnelles béninoise et ghanéenne (Halaja ; Do, ré, mi ; Oklounon), afrobeat (Assevi ; Africa Night), jazz, blues (Cargos blues), le tout à la sauce brass band. En effet, les cuivres dépotent, notamment dans l’excellent Hougan.

http://www.deezer.com/fr/track/97058130

Ce qui fait l’originalité de cette fanfare, c’est qu’elle est très vocale. Les musiciens chantent en français ou en yoruba sur tous les morceaux (sauf Hougan) : leurs voix sont tour à tour les squelettes des constructions musicales (Do, ré, mi ; Oklounon), le refrain (African brass music), ou un simple instrument au sein de l’ensemble (Yéyé wè ; Africa Night).

On trouve aussi, sur cet album, des petites perles : de savantes reprises de « classiques » tels que Le poinçonneur des Lilas de Gainsbourg, Le temps ne fait rien à l’affaire de Georges Brassens, et Water no get enemy de Fela Kuti.

Tout cela est extrêmement réjouissant.

Emeline

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