Deux poèmes nocturnes de Lorand Gaspar

le blé des corps dans la meule des ans
farines que mélangent les lois éternelles
pour d’autres pains et d’autres dents
la nuit tu tâtes soudain sans comprendre
la peur qui fouille au ventre des images
cherchant à clore sur soi le mouvement

et ces eaux nues de l’ardeur d’aller
encore et encore plus loin dans l’ouvert ?
(et même et surtout quand la nuit se referme)

********************

on pense toucher le fond
mais la nuit n’a pas de fond
ni toit ni mur ni fenêtres –

(N’est-il pas vrai cependant que le peu
de clarté que l’esprit peut entrevoir
est nécessaire pour connaître l’obscur?)

Et je me rappelle ces nuits lointaines
(qu’une fois de plus embrasait la guerre)
sous la fragile clarté d’une lampe
trois femmes et un homme
cherchant à recoudre des corps
que d’autres au dehors sans relâche déchiraient –

 

Lorand Gaspar, Patmos et autres poèmes, Gallimard, 2001, également disponible en poche Poésie/Gallimard.

Poète et chirurgien (à Jérusalem-Est, Bethléem, Beyrouth, Tunis), Loránd Gáspár était né le 28 Février 1925, « derrière le dos de Dieu », en Transylvanie. Il est mort à Paris le 9 octobre 2019.

Illustration, origine non précisée, trouvée sur Diacritik.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *