Cahier de poèmes 5#

Dans le manuel de Terminale

Ne lis pas d’odes, mon fils, lis les horaires des trains :
ils sont plus précis. Déroule les cartes marines,
avant qu’il soit trop tard. Sois vigilant, ne chante pas.
Le jour viendra où ils remettront des listes sur la porte
et peindront des tarins sur la poitrine de ceux
qui disent non.  Apprends à marcher sans être reconnu.
Apprends plus que moi :
à changer de quartier, de passeport, de visage.
Entends toi aux petites trahisons,
au sale petit salut quotidien. Les encycliques
sont utiles pour allumer le feu,
et les manifestes : pour emballer le beurre et le sel
pour les sans-défense. Il faut de la fureur et de la patience
pour souffler dans les poumons du pouvoir
la fine poussière mortelle, moulue
par ceux qui ont beaucoup appris,
qui sont précis, moulue par toi.

 

Hans Magnus Enzensberger, Dans le manuel de terminale, traduction de Jean-Pierre Lefebvre

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